« Elles choisissent de se soumettre » : une experte affirme que le débat sur la Loi 21 révèle un activisme islamiste plus profond
Les lois québécoises sur la laïcité se retrouvent de nouveau au cœur d’un débat intense. Alors que la Loi 21, adoptée en 2019, interdit déjà aux employés de l’État en position d’autorité — dont les enseignants — de porter des signes religieux visibles, la Loi 94, adoptée récemment, renforce l’application de ces règles dans l’ensemble du réseau scolaire.
La Loi 21 prévoyait une clause de droits acquis permettant aux employés qui portaient déjà un signe religieux avant juin 2019 de continuer à le faire, à condition de rester dans le même poste. La Loi 94, toutefois, resserre l’application de ces règles : les employés qui ne sont pas protégés par cette clause doivent désormais retirer leur symbole religieux ou risquer de perdre leur emploi.
Une douzaine de femmes voilées auraient déjà quitté leur poste, et jusqu’à 500 employés pourraient potentiellement être touchés.
Cette nouvelle législation survient après qu’environ 17 écoles au Québec ont fait l’objet d’enquêtes pour non-respect des règles de laïcité, ce qui a soulevé des inquiétudes quant à l’influence religieuse au sein du système scolaire.
Pour mieux comprendre le contexte idéologique entourant cette controverse, l’anthropologue belgo-marocaine et militante laïque Fadila Maaroufi, directrice de l’Observatoire du fondamentalisme à Bruxelles, estime que le débat doit être replacé dans un processus historique plus large.
« Depuis 40 ans dans nos démocraties, que ce soit au Québec ou en Europe, nous observons un processus de ré-islamisation de certaines populations d’origine musulmane », explique-t-elle.
Selon Maaroufi, les premières générations d’immigrants s’étaient largement intégrées aux sociétés occidentales, mais des influences idéologiques venues de l’étranger auraient progressivement cherché à redéfinir l’identité des communautés.
« On nous disait : vous n’êtes pas Belges, vous n’êtes pas Marocains… vous êtes musulmans. Vous appartenez à la communauté musulmane. »
L’experte remet aussi en question l’idée largement répandue selon laquelle le port du voile serait uniquement un choix personnel.
« Quand elles disent : “je choisis de porter le voile”, il faut être très clair : elles choisissent de se soumettre, parce que c’est considéré comme une obligation divine. »
Dans certains cas, ajoute-t-elle, les démissions provoquées par les lois sur la laïcité peuvent elles-mêmes constituer une forme de militantisme.
« Quand ces femmes préfèrent quitter leur emploi plutôt que d’enlever le voile, c’est un acte politique. »
Maaroufi estime que la question dépasse largement le simple débat vestimentaire.
« Dans l’islam politique, l’objectif est que la société devienne progressivement compatible avec la charia. On habitue les gens, étape par étape, aux normes islamiques. »
Elle affirme également que des pressions sociales importantes existent au sein de certaines communautés.
« Les femmes qui ne portent pas le voile sont souvent accusées d’être impures, ou de mauvaise moralité. Beaucoup de femmes qui ne sont pas d’accord n’osent plus parler ouvertement. »
Pour Maaroufi, des lois comme la Loi 21 et la Loi 94 constituent une partie de la réponse, mais ne suffisent pas à elles seules.
« La laïcité ralentit le phénomène, dit-elle. Mais il faut aussi la défendre fermement. Sinon, petit à petit, les sociétés s’habituent à des normes qui ne faisaient pas partie de nos démocraties. »
Alexandra Lavoie
Quebec based Journalist
Alexa graduated with a degree in biology from Laval University. Throughout her many travels, she has seen political instability as well as corruption. While she witnessed social disorder on a daily basis, she has always been a defender of society’s most vulnerable. She’s been around the world several times, and now joins Rebel News to shed light on today’s biggest stories.